Un zombie dans le bac
Le froid régnait, on n’y voyait pour ainsi dire rien. Le temps s’étirait inlassablement, formant une quiétude légèrement rythmée par un ronronnement éléctrique. Puis, la porte grinça, inondant l’habitacle d’une lumière blanche aveuglante. Une main saisi le tiroir du bas et l’ouvrit dans un chuintement qui couvrit le ronronnement. Une autre main survola le bac, y lâchant un objet sphérique. Le tiroir fut repoussé dans le même chuintement un peu sourd, la porte refermée. Le noir revint, et le quasi silence reprit ses droits. Du moins pour un temps.
- Permission de parler ?
- Chut, les radis !
- C’est bon, Gus. Laisse. Permission accordée.
- Oswald, c’est chaud !! Je sais pas qui c’est mais ils ne lui ont pas fait de cadeau !
La déclaration souleva un brouhaha de réactions.
- SILENCE DANS LE BAC !
Tout le monde se tut instantanément à l’éclat de voix du-dit Oswald.
- Y’a encore du monde qui respire au deuxième ?
- De mémoire il reste une carotte solitaire, mais elle fait la gueule. Pas sûr qu’elle se bouge.
- Hm … OK. Gus, entre-ouvre.
Un bruit d’éboulement résonna dans le bac, puis un choc.
- C’est bon, c’est un peu ouvert, tu peux causer.
- Eh oh ! Il reste encore quelqu’un ? Carotte, t’es là ?
- C’est Ed, j’ai un prénom moi aussi ! Faites pas genre on ne se connait pas, j’suis là depuis plus longtemps que Gus !
- Ah ouais. Elle fait la gueule.
- Eh, j’ai entendu !
- Euh … Ouais, pardon. Tu crois que tu pourrais pousser le bouton ? On a un nouveau truc dans le bac, on aimerait bien voir !
- Pff J’aurais quoi en échange ? Je pourrais redescendre ?
- Ah non ! Impossible, c’est pas comme ça que ça se passe.
- Alors c’est mort, je bouge pas. Déjà que je suis seul ici, si en plus je me tape votre turbin…
Un petit cri rententi du fond du bac.
- OSWALD ! le nouveau truc là, il fait des bruits chelous !
- Du calme les tomates, nous crachez vos pépins … Il se passe quoi ?
- On sait pas ! Mais ça répond pas, et ça respire bizarrement. On aime pas trop ça, on préfèrerait aller à l’avant, un peu.
- C’est mort, vous êtes encore fraiches. Vous allez faire votre temps comme tout le monde.
Un silence suivi cette déclaration. Oswald réfléchissait.
- Écoute euh… Ed ! si tu fais ça pour nous, on t’envoie quelques radis pour faire la conversation. Ça te plairait, ça ?
- … Ouais, ça pourrait le faire.
Quelques secondes plus tard, la lumière envahissait de nouveau l’habitacle. Sur la deuxième étagère, une carotte défraichie s’était étendue de tout son poid sur l’interrupteur.
- Eh mais ! Mais c’est un oignon !
- La vache ça fait un moment qu’on en avait pas vu !
- AAAAH ! Mais il lui manque un bout !! Comment il respire encore ?!
- Reculez, doucement. Vers l’avant du bac.
Les légumes roulèrent précipitamment vers l’ouverture. La voix d’Ed la carotte retentit du deuxième.
- Vous en avez pour longtemps ? J’vais pas rester là mille plombe moi. Quitte à m’emmerder je préfère m’étendre près des yahourts !
- Ed, va falloir que tu tienne un peu, on a un cas de force majeur en bas.
- Ouais ben vous avez pas intérêt à oublier mes radis.
Oswald poussa un long soupir. Les radis en questions était frais et craquants, leur botte était arrivée deux jours plus tôt. Il s’étaient tus tout le long des échanges.
- Bon les p’tits gars, jsuis désolé de vous demander ça, mais est-ce qu’il y a un ou deux courageux prêt à sauter de la botte pour faire un tour là haut ? C’est pour la bonne cause.
Ils échangèrent un regard sans piper mot. La plupart étaent des timides fermes, les autres avaient la trouille de Gus. Néanmois, deux s’arrachèrent de leurs feuilles et sautillèrent jusqu’au concombre.
- On va le faire, Oswald.
- A la bonne heure ! Je vous laisse voir avec Gus pour sortir.
Gus le gros chou rouge se saisit des deux radis et les envoya par l’ouverture du bac. Pendant ce temps, tous les autres fixaient l’oignon avec appréhension. Celui-ci n’avait pas bougé, et continuait sa respiration sifflante.
- Il peut pas vivre encore… Quand tu nous coupe, on meurt, c’est tout !
- C’est vrai que là, il a pas l’air trop en forme hein.
- Gus, tu veux pas aller le bousculer un peu ? Histoire qu’on soit fixés.
- Ah nan nan hein ! Moi je touche pas à c’truc là ! Si ça se trouve c’est un zombie, j’veux pas finir infecté !
Au mot de zombie, le bac s’enflamma. Tout le monde y allait de son petit commentaire sur un ton plus ou moins hystérique. De son côté, Oswald soupira de nouveau. Ç’allait encore être un cycle bien long.
Illustration par Alyzian